À flanc de coteaux

000018.JPGLa rivalité de cette vallée était celle du ruisseau envers le vent. Les fleurs partout défiaient la gravité, verticales à l’acharnement dans une pente qui ne cessait de s’incliner vers son torrent.
Au pied des vignes, des chevaux courraient en liberté tandis que l’aubergiste, au loin dans sa maison, écoutait du YoYo-Ma à tue-tête.

 

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50 mm, Canon EOS 500n, Fujicolor 400.

Venir ici était comme rentrer en immersion dans une pyramide, pleine de ses mystères et ses apparences, mais remplis de symboles et d’atmosphères variant. Il y a quelques jours j’étais à Barcelone, dans la ville tumultueuse et gigantesque, zigzaguant entre les scooters pour rejoindre la mer ou les Ramblas. Ici, c’est le règne magistral du silence heureux. Il n’y a plus de chiffres sur un compteur, il n’y a plus d’objectifs autre que d’ouvrir les yeux et de s’en rendre compte: toute cette nature, ici, inlassablement rythmée et vivante, elle n’en a que faire des chiffres. Qu’il y ait 10 ou 1000 kilomètres devant elle, qu’il y ait 80 ou 30 kilomètres heure de vent, elle s’adapte pour vivre. La magnifique et paisible vallée suit sa ligne de vie, pas question de performance.

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Si on s’est perdu dans le dédale, avec le talent de ma pilote, c’était pour abandonner le dernier décor connu avec plus de puissance: ici, le temps n’est plus que le réveil et l’endormissement de la vallée rythmés heure à heure. Comme plusieurs épaisseurs de signes: sonores, avant tout, puis visuels et olfactifs. Sonores dans l’ambiance rassérénante de l’écoulement d’un ruisseau, dans le silence perturbé par un coq, par un braque allemand qui fait son exercice et par le cheval qui hennit. Chacun à leur tour, comme minutés instinctivement par un règne sublime, ils se manifestent avec harmonie et contraste.
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Visuels avec tout ces plans qui se recouvrent et les lumières qui percent ça et là pour souligner un muret de vieilles pierres ou une allée de pieds de vignes.

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À la tombée de la nuit au loin des routes de cols furent momentanément éclairées: le faisceau des phares de la dernière vagabonde du soir rentraient. Nous mangeons devant cet écran géant.
Les rafales du vent, douces au point de simplement effleurer les chairs, ramenaient dans le tipi comme des embruns de fleurs. Aussi, l’odeur de l’huile de camphre dans la chaleur moite du sauna décontractait le corps en récupération. Elle s’accumulait encore à la rumeur salée, comme un tuyau de chrome qui se pique de rouille, à peine les jambes plongées dans le grand jacuzzi. Le parfum tendre de ma chérie se charge dans l’air. Le vélo est loin, tout le monde souffle un peu. Sur son initiative, nous sommes venus ici. Plus question de repartir.000011

Au réveil, un pinson posé sur la toile du tipi dérape, puis, maladroitement, rate son envol et tombe à la renverse. Il est temps d’aller grimper vers la forêt en haut des coteaux. L’argentique de temps à autre de l’ascension viole le silence de son déclencheur. La pellicule tourne sur elle même, les animaux passent à autre chose sans y prendre garde. Peut être après tout que ce tir à vue là leur est totalement inoffensif.

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D’en haut, nous entendons la tente dont le volet flape parfois l’air. Il claque de temps à autre contre une tringle de métal, contre lui même puis la corde qui l’arrime au sol, manquant parfois de laisser rentrer de l’air frais dans la tente pour évacuer la condensation. Le petit déjeuner sera recouvert de miel maison, dont les ruches jaillissent plus bas, et de pain fait par la voisine, boulangère à ses heures.27485884813_e973931672_k.jpg

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