Bonsoir Marguerite Yourcenar

11380014_1028764147189149_1658473028_nJ’allais poster l’article suivant lorsque j’ai relu la première phrase. Elle commençait par les mots suivants: “Marguerite Yourcenar était …”. C’était un joli début d’article, à un détail près: je n’ai jamais connu Marguerite. Comment pouvais-je prétendre pouvoir décrire cet auteur, cette amante, cette académicienne? Et puisque je ne le pouvais naturellement pas, j’ai tout supprimé puis j’ai recommencé dans le billet ci-dessous, en écrivant cette fois comment je me suis imaginé Yourcenar, après m’être approchée d’elle autant que je l’ai pu, en entrant dans les vestiges de son intimité, des années après, et explorant certaines des traces qui nous en sont parvenues.

Je passais à vélo devant les côtes du Mont-Noir, ne sachant qu’à moitié si je n’étais pas perdu et mes yeux alors se sont posés sur la pancarte “Sta! Viator” -”arrêtes-toi! voyageur”-. Imaginez que je suis parti du Touquet la veille, j’ai ensuite roulé 150 kilomètres supplémentaires avec un ami pour arriver à Lille, dormir, puis repartir le lendemain matin jusqu’à là, et que près de Bailleul, soit 300 kilomètres après mon départ, je tombe sur ce panneau, qui ne paie pas de mine mais qui semblait me saluer. J’obéissais, car comment ne pas obéir à un ordre aussi intelligent? Arrête-toi comme un signal d’ouverture du regard. Je m’arrêtais alors et continuais à pied la visite, comme on flâne dans un musée avec les yeux écarquillés mais les jambes fourbues.

Au sommet du Mont Noir et dans le frémissement du vent, car bien qu’il n’y ai pas de montagnes en Flandres, il y a ce vent: pente invisible mais usante, je parvenais à l’emplacement exact du château de son enfance, le château où Marguerite a grandi.

D’ici, une sorte de fenêtre de verdure s’ouvrait sur la plaine. L’horizon des grands champs, si net, si précis, si étale jusqu’à l’infini semblait de ce point de vue déchiffrable et intelligible.

Alors que je rentrais dans Lille, la journée auparavant, je ne pouvais cesser de penser à la rue des Marais, où habitait Noémie, la grand-mère détestée, mais depuis ce regard en contre plongée sur le monde, j’ai réalisé à quel point l’environnement d’une enfance conditionne la construction d’une littérature future. Bien sûr, ça n’est pas nouveau. Je ne suis d’ailleurs pas le premier à le dire, mais pourtant en haut de ce mont, c’est vraiment ce à quoi j’ai pensé. Un lieu commun, qui s’affirme comme une particularité de Yourcenar. Elle avait cette facilité déconcertante de récréer le monde qu’elle voyait dans ses romans. Elle ne les invente pas, ne les fabrique pas, elle les décortiques. Il m’a donc fallu venir dans le Nord, faire ce chemin jusqu’à elle pour comprendre tout ce travail dans les romans. Pour comprendre aussi comment son univers géographique est organisé: en quelque sorte j’avais l’impression de faire une restauration personnelle, depuis mes propres yeux, de tout ces mots posés sur le papier. J’étais l’architecte et le voyageur de ses romans, comme invité chez elle pour qu’elle m’explique.

Le voyage de “Un vélo pour des mots” s’avère être d’une richesse extraordinaire. L’aventure est déjà presque terminée, après les parcours suivants:

Lyon – Annecy

Lyon – Avalon – Troyes – Lille – Boulogne – Le Touquet

IMG_20150606_073000.jpg

Je n’ai qu’une idée en tête, repartir. Comme certains l’ont remarqués, j’ai cette année mis l’accent sur la dimension littéraire, d’une part, et sportive de l’autre.
Il se peut que d’ici peu, j’intensifie les deux aspects, que j’aille plus loin. Un autre projet, toujours sur la même page Facebook verra sans doute le jour, avec au programme de la photo et de la littérature: c’est incroyable ce qu’un voyage est propices à ces supports entremêlés. Jamais de ma vie je n’ai rencontré autant de gens qu’à vélo, j’ai fait des rencontres merveilleuses, été accueilli par des gens hors pairs, eu l’impression d’accomplir quelque chose d’immense, une aventure grandiose. Dépasser les 200 kilomètres par jour à été une rude épreuve, accomplie dans le Morvan avec 340 en une journée et une demi nuit pour relier Avallon à Lyon.

J’ai traversé les départements suivants: Nord, Picardie, Somme, Pas-de-Calais, Eure, Seine-maritime, Ile de France, Yonne, Côte d’Or, Sâone et loire, Isère, Rhône, les deux Savoies… et bien d’autres que j’oublie.

 

À cause de différentes contraintes, je n’ai pas pu faire le Lyon-Paris tant espéré, ni le Lyon- Ventoux- Sète. Ce sont des déceptions qui sont là pour rappeler que lorsqu’on a une vie à coté du vélo, on doit faire des choix…

Au total, j’ai tout de même parcouru en 2 mois plus de 2100 kilomètres, soit 9 000 mètres de dénivelé positif, plus de la hauteur de l’Everest à vélo.

11357726_785082814942352_337522921_nJe remercie aussi certaines organisations, comme la commune de Montreuil-sur-mer, qui m’a donné l’opportunité d’aller à son adaptation Les Misérables de Victor Hugo, alors que j’étais dans le coin, et qui s’est avéré être à couper le souffle, ou bien comme mes sponsors, je sais que je vous rabâche avec ça.. Ils sont en or. C’est rare qu’on lise le contraire, mais lorsque des personnes vous confient des encouragements, de l’aide financière, du matériel ou autre, pour la simple raison que “votre projet leur plait”, alors que vous avez 18 ans et très peu d’expérience, c’est vraiment génial et touchant. Je suis certain de continuer avec eux un moment ! Merci donc à Altermove avant tout, ainsi que tous les autres et le magazine 200.

11296923_911848082195508_1102067912_nTout au long du parcours, je n’ai presque rien cassé de gros à part un téléphone, et des prolongateurs. J’ai appris à m’équiper mieux, à prévoir plus, et à réfléchir vis à vis de ces incidents. Il se peut très fortement que mes prochains voyages soient en pignon fixe, machine pour laquelle j’ai toujours ressenti une attirance car elle permet “d’accepter la route telle qu’elle est”, sans triche, sans aide: rien que soi-même et un vélo sans vitesse où on ne peut s’arrêter de pédaler. C’est une grosse contrainte, mais depuis des récentes aventures, je m’en sens capable même sur la longue distance en prenant son temps. Je pourrais alors insister à la fois sur l’aspect sportif, et sur l’aspect artistique avec des photos ou des récits.
Je n’ai rien à dire de plus, à part que ce blog va continuer à vivre encore un moment, alors merci à tous, vraiment.

11813318_1666628270238869_8360662579867634701_n.jpg

Partagez Bicyclettres avec des amis !

One thought on “Bonsoir Marguerite Yourcenar

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *