Festina lente // Hâte-toi lentement

12552413_550564785103395_570118062_n       Sortie dominicale oblige, je pars en direction des montagnes pour rouler un bel entraînement, et prendre du plaisir – car il s’agit toujours de ça. S’en suit une magnifique leçon de route offerte sur un plateau par la montagne. 

Le dimanche est une des rares sorties dans lesquelles je navigue à la vue en oubliant mon parcours de référence de la semaine ou bien les données sur le compteur. C’est donc le sourire aux lèvres, sans aucun objectif ni carte que je claque ma porte.

Je sors de Lyon direction le Nord (Mont d’Or, Beaujolais). Après 20 kilomètres de grimpe, je suis dans le rouge sans l’expliquer: je me sens lourd et je traîne.  Comme tout bon cycliste, je me cherche des excuses: est-ce la semaine difficile, le repas si peu assimilé, ou bien une accumulation de fatigue ? … Quoi d’autre comme excuse ? Eh bien justement, rien. Les problèmes sont simples, je suis fatigué et je n’ai pas assez mangé. Il faut donc ralentir le temps de plonger dans un meilleur rythme. C’est l’hiver, à quoi bon se blesser?  Je monte 10 kilomètres supplémentaires à 7-10% d’inclinaison, en optant pour un rythme tout doux. L’ascension se fait doucement, ça craint un peu mais je me focalise sur la cadence plutôt: ça passe. Puis, entre deux cols, une belle surprise me guette. Depuis le début de la sortie,la météo est abjecte. Il pleut des ruisseaux entiers, le vent souffle assez fort et il y a un épais brouillard que le col du Mont Verdun (ci-dessus) illustre assez bien.  Faute de me tremper car j’étais bien équipé, ce climat avait pour effet de me fatiguer un peu plus. La pluie impose en effet au cycliste une concentration sur la trajectoire, l’état de la route, bref un stimuli visuel qui est parfois exténuant. Je vois un abri, je décide de me réchauffer et de faire le point. Une fois assis, je n’ai qu’une envie: rentrer au chaud.

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Il est seize heure. Je m’arrête pour manger deux bananes et j’attends un peu que mon bidon avant ne dégèle, par une vieille technique, c’est-à-dire en le mettant contre mon corps chaud. La sortie devait être courte mais au vu de ma forme, on va prendre son temps et se hâter lentement, le but étant de ne pas se dégoûter mais de se remotiver pour la semaine à venir.  Je m’allonge et programme le réveil pour dans 10 minutes, m’endormant bien au chaud dans l’abri. Un quart d’heure plus tard, je repars ayant récupéré beaucoup de forces. Je pète le feu, l’impression qu’on a mis un moteur dans mon vélo: ça grimpe tout seul sans forcer. J’enchaîne sur deux cols et décide de finir la sortie sur une bonne tranche de plaine: vers le Beaujolais ou les Dombes ? Du haut de mon observatoire, je n’hésite pas et opte pour les Dombes.

S’en suivront 40 kilomètres supplémentaires à un rythme aussi agréable qu’inattendu. Je revis! La brume et la nuit qui enveloppaient les cols d’une épaisseur irréelle s’estompent au fur et à mesure que je descends vers la plaine.

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La sortie s’est achevée dans la pénombre ouverte par mes phares dynamo Supernova, autour de 35/40 kilomètres heures. Ah, la plaine à la tombée de la nuit, sans vent et dans le soleil, c’est toujours aussi agréable. Je suis arrivé chez moi ayant traversé un bon bout de Dombes, quelques jolis cols et le sourire aux lèvres d’en avoir pris plein la vue. Moralité ? Quand le corps ne suit pas, il faut parfois prendre une petite pause. 10 minutes et un goûter changent grandement la donne, en cyclisme…

Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage.
Polissez-le sans cesse et le repolissez.

Boileau, Art poétique, I, 171-173.

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One thought on “Festina lente // Hâte-toi lentement

  1. C’est une très belle citation de Boileau à mon humble avis!
    J’aime beaucoup l’association des roues et des lettres, dans l’attente de vous relire je vous souhaite une bonne route!

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