Les tours de roues du soir

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         D’un plaisir certain de prendre la route, s’instaure parfois une difficulté dédaléenne de trouver son chemin. On ne va pas se mentir: parfois la procrastination fait un bras de fer avec la volonté. C’est comme si la gravité s’épaississait, que tout devenait plus dur à entraîner.  Car chaque semaine, je claque plusieurs fois la porte de chez moi pour monter en selle. Les sorties tournent mes roues dans les terres lyonnaises que j’apprécie tant. Mais parfois… On reste volontiers dans le confort. On va courir, car c’est moins chronophage. On reste au lit. On raccourcit les sorties. Toutes les raisons sont bonnes pour une journée ou deux d’infidélité à la bécane.

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            Et pourtant il n’y a pas deux heures qui se ressemblent en bicyclette. Je suis chaque fois le grand surpris de mes prévisions. Lorsque j’attendais de la pluie, qui s’acharne depuis des semaines, je rencontre un soleil radieux. Lorsque j’anticipais ma solitude sur la route, je me hisse dans la roue d’amitiés à venir. Lorsque je croyais partir pour une sortie de récupération, j’époumone mes ascensions pour suivre des amis. C’est même de grands jours lorsque les surprises aimables l’emportent. Il y a d’ailleurs à bicyclette tant de moments extraordinaires parmi les sorties les moins attendues, que l’on rencontre comme des folies ces quelques heures. Alors on y repense, on sourit, et on se sort de sa paresse. Il fera peut-être même plus doux que prévu.

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Au détour d’un chemin, je rencontre un champ de colza au soleil. Enfin une accalmie de pluie.

     Ce soir-là, je peinais à me motiver pour aller rouler en solitaire, après une longue journée d’étude. Si s’ébrouer à bicyclette dans les vertes prairies possède un charme certain, plonger dans la circulation et la pluie après le travail présente une difficulté supplémentaire à la paresse du canapé-ordi. Quelques sessions d’examens auparavant, je suis rentré des Alpes avec une sorte d’overdose de flotte.

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 Je ressentais à nouveau le désir de remonter en selle, avec une sorte de mollesse. Comme en craignant que les routes ne me déçoivent par rapport aux époustouflants paysages helvétiques. Il pleuvait encore, un rayon de soleil perçant quand même. Je m’habille et boucle mes chaussures. J’ai proposé à des amis. Il n’y a personne de motivé autour de moi. Récemment, je me suis entraîné avec les pros de Vaulx-en-Velin, avec les pros de Orbea-Cofidis, et beaucoup tout seul. Ça me permet de fixer les idées, mais c’est long. Dur de se remettre en jambe.

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      Ma porte s’ouvre sur une chose, qui s’est avérée être une roue avant, puis une tête casquée. Je rencontre un homme en tenue de cycliste, bécane sur l’épaule et les chaussures à la main. C’est Alban, un habitant de l’immeuble. J’habite dans cet appartement depuis six ans et n’avais jamais rencontré mon voisin, qui y loge depuis plus d’un an et qui s’exécute à rouler chaque semaine aussi. Depuis des années le bal des voisins successifs a fait qu’aucun ne pense à saluer l’autre en arrivant. Nous discutons de vélos, puis de nos sorties, et cela nous donne l’occasion de faire connaissance alors que quelques minutes auparavant, et depuis des mois, nous étions encore inconnus d’un même toit.

Nous roulerons ensemble d’un heureux hasard.

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       Alban me présente aussi l’un de ses amis et nous filons rouler quelques heures, pour une sortie qui s’achèvera dans la nuit à un rythme effréné. J’y ai apprécié les deux plus grands luxes de rouler à l’imprévu avec des cyclistes : découvrir des routes et des nouveaux visages. L’un vient de région parisienne et l’autre du pays basque.  Ils connaissent des routes du Beaujolais dont j’ignore l’existence. La conversation au fil des virages glisse des cyclo sportives du Sud de la France, aux vagues de Biarritz et aux métiers bancaires. Lorsque nous quittons le terrain militaire du Mont Thou, je constate avec plaisir que le pédalage est l’un des rares sports à permettre de si faciles dialogues avec des inconnus.

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Les clochers trapus et les vieilles pierres dorées forment un paysage entrecoupé de lampadaires anciens, de rues pavées, et de montées sinueuses.

 Alban grimpe en affolant mes jambes, puis son ami m’emmène en sprint dans les descentes à plus de 70. J’explose mes moyennes de références sur un tel parcours avec humilité. Ils m’attendent aux sommets des cols. Très vite, nous arrivons dans le Beaujolais tandis que le ciel de fin de journée, tantôt menaçant, devient la toile de fond impressionniste de villages aux pierres dorées. Nous rentrerons par la Saône dans la nuit, rassasiés et décidés de remettre à bientôt une telle sortie.

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        À une semaine d’intervalle, avec mon meilleur ami. Nous traversons les bosquets à toute allure. «  On roule encore ? ».
Nous roulerons encore une heure ou deux avant de rentrer fourbus et chargés d’adrénaline.

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À bientôt sur les routes,

Partagez Bicyclettres avec des amis !

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