“Confiteor” – la remise en selle

000037Après des mois de recul,  dont cinq sans toucher un vélo, je comprends maintenant pourquoi j’aime le voyage à vélo. J’ai alors décidé de publier une petite série d’article sur ce blog qui préciseront d’une part ma vision de l’endurance et le lien que le sport tisse avec l’esprit à travers elle, d’autre part la beauté ces voyages contrastant avec la réalité du quotidien, et même sur l’ouverture du regard et le contact avec le monde qu’ils font naître. Le vélo n’est pas une passion, un échappatoire: il est une réalité, une exploration.

Tout commence lorsque je prends conscience que je vis depuis des années dans un monde où il est possible de passer des heures avant de se rendre compte que derrière la fenêtre il pleut, il fait déjà nuit.C’est un constat simple : les journées fuient. J’espère que cette série de billets vous plaira, surtout, qu’elle vous donnera envie de silences exotiques et paysages éreintants. Peut-être que vous en aurez d’autres approches, néanmoins je ne pense pas qu’il n’y en ai de mauvaises si vous abordez la nature avec humilité.

Quelques souvenirs qui ont motivé ces écrits.

Elisabeth qui me force à dormir dans sa couverture de survie avant Langogne. Il est environ une heure ou deux du matin, il fait un froid glaçant avec le vent qui s’engouffre partout. Une aire en bord de petite route. Le sommeil qui s’immisce comme le vent. On s’enroule comme des wraps dans l’aluminium de la couverture réfléchissant la chaleur.  Boum. Vingt minutes plus tard les paupières s’ouvrent comme des rideaux rouillés. Il fait encore nuit. Il fait encore plus froid: on est là, il faut partir.

Dorian qui est déshydraté à mes côtés avant Annecy. La Chambotte pique les jambes, vide les bidons, comme les nombreux cols avant et après elle. On arrivera au Mc Do’ à l’entrée d’Annecy, dévalisant les stocks de liquides comme de comestible. Sieste au soleil, et tant pis si on vous dérange, madame, avec nos chaussures qui dérapent sur le carrelage gras et nos vélos qui prennent un dixième de la terrasse: “Venez comme vous êtes”, on en rigole encore.

François et Thierry qui partagent avec Nicolas et moi un plongeon dans la Méditerranée après avoir quitté Paris à vélo. À leurs yeux, leurs regards de gosses, la fierté qui semble rafraîchir mon corps et le sel qui remplace bientôt la crème solaire: on comprend vite que les voyages sans vélo n’auront plus jamais la même saveur.

Brigadier qui m’invite chez Dédé le Roi de la Frite dans le Nord. Il m’emmène à Lille depuis la Baie de Somme, comme un chef, tout droit, pis on passe par les hauts lieux du Nord profond. J’en rigole encore, des sauces samouraïs, de son chien sous cocaïne, de Henin-Beaumont et des cadres en titane polis comme un miroir.

Christopher dit Confucius qui termine une Transcontinentale avec le sourire, comme un Dijon-Lyon: c’est parfois pénible, sous la pluie, dans les détours, sans rire. Mais c’est gratifiant, enrichissant à vie, incroyablement bénéfique à l’esprit (je suppose). En tout cas, je n’ai pas raté une journée sans regarder le petit point de son capteur GPS sur une carte de l’Europe qui en une quinzaine, avait traversé tout ces paysages, toutes ces rencontres, toutes ces galères. Et j’en avais le coeur qui battait quand il m’envoyait des messages d’au-secours et d’épuisement, et de téléphone perdu et de coéquipier perdu…

Le meilleur souvenir que j’ai avec Luc est peut-être la simplicité de partager une bière après le brevet des Confluences que nous organisions ensemble. D’habitude, Luc est au volant de sa voiture balais comme organisateur hors pair, un chef d’orchestre qui rassemble chacun comme s’il était son frère, son fils dans mon cas. Ce jour-là il y avait plus de 400 kilomètres qui nous séparaient au petit matin. Nous nous sommes retrouvés sur le parvis de Confluences, chacun ayant roulé une moitié avant 17h. Autour de nous, une trentaine de frères d’armes échangeaient leurs ressentis d’une journée asphaltée sur les routes pluvieuses voire enneigées qui mènent à Lyon. Parmi eux, des aventuriers de longue dates, des jeunots, mes amis lyonnais, des gens que les réseaux ont porté jusqu’à nous. Nous avons passé la soirée à manger des pizzas et boire des bières, de plus en plus rieurs, emplis de fierté d’avoir fedérés autant de souvenirs ensemble en une journée.

Sans oublier aussi mon amour naissant pour cette France dont j’ignorais tout, après tant de déménagements et de “voyages” en trains. Les Cévennes, le Morvan, les côtes normandes et les monts du boulonnais, les Alpes et leurs lacs… Quand je pense qu’il y a une planète encore à découvrir: comment arrêter maintenant?

Et si vous pensez que ce sont des mauvais souvenirs aux vues de certaines situations délicates, alors montez sur un vélo et vous verrez: en voyage à vélo, on se forge des souvenirs condensés comme des barres de céréales, mais avec des saveurs pour la vie. D’ailleurs, vous êtes toujours en fond d’écran les mecs. 

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