Quand Houellebecq m’entraîne

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«  Aussi paradoxal que cela puisse paraître, il y a un chemin à parcourir et il faut le parcourir. »

Sattipathana-Sutta, XLII, 16.

Le bouddhisme et son établissement de l’attention supposent qu’il y a un chemin à parcourir : une voie vers l’ouverture du regard au monde. C’est assez difficile, c’est un peu long, ça semble sectaire. Comme l’entrainement à vélo. J’y insiste, c’estun peu long, parce qu’il se peut qu’on y prenne goût. Je lisais cette phrase il y a quatre jours, elle  semblait pénétrer en moi, faisant écho à cette strophe dont j’ai oublié l’auteur. Cette dernière disait les mots suivant : « Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d’hommes et de choses, il faut connaître les animaux, il faut sentir comment volent les oiseaux et savoir quel mouvement font les petites fleurs en s’ouvrant le matin. » On m’avait donné un petit papier dans les couloirs de l’Hypokhâgne, c’était un lundi matin. J’ai flanqué ce morceau de papier dans ma poche ; puis je l’ai oublié.

Il y a quatre jour, en lisant la pensée bouddhiste, j’y avais repensé. J’ai mis du temps à retrouver ce morceau de papier, à peine lisible mais toujours au fond de la poche d’un jeans. Devenu bleuté, plié par la contrainte du tissu et ramolli par un lavage un peu violent en machine. Mais lisible. Tout ça pour dire qu’il y a un chemin à parcourir, un chemin qu’il faut  parcourir. Peut être que ce voyage en terres littéraires, ce regard permet de manière quasi Bergsonienne de voir. C’est formidable, alors justement que j’aimerai bien être dans le monde ; j’entends par là être un peu moins dans ma bulle, mais plus vivant dans le monde. Je sais pas par où il faut faire le chemin, je sais pas pourquoi je devrai le faire moi non plus. Enfin si, en fait, c’est pour écrire –  pour ouvrir plusieurs possibilités. Je vais essayer d’expliquer ce foutoir.

Un voyage se fait dans deux sphères différentes, ce n’est un secret pour personne. D’abord, il y’a celui que j’appelle simplement dans les faits. C’est le voyage dans l’espace, on bouge, on découvre, on enregistre des impressions sensibles ; le voyage physique en somme. Et puis il y a le meilleur, le voyaged’après. Assis sur un canapé, allongé dans son lit, on y repense. Les meilleurs moments, les anecdotes, les découvertes. On s’y replonge par l’intermédiaire de son imaginaire, de sa personnalité en effet. Il est bien plus riche, bien plus agréable car plus intimiste. Ce voyage est-il celui qui permet « d’écrire un vers » ? Je n’ai pas de réponse, parfois oui sans doute…

Très tôt le lendemain, j’ai décidé d’aller faire du vélo. Ça s’appelle quand même un vélo pour des mots, je vais pas vous parler de la technique de la pêche en milieu arctique, quoi que. Bref, j’ai voulu faire le chemin qui conduit à l’observation. J’ai beaucoupobservé et en rentrant je me suis dis que j’allais écrire. Si la seule manière de vivre aujourd’hui c’est de séparer son individualité et un monde, autour, alors faut vraiment pas que ce soit le cas, faut le dénoncer, le harnacher et qu’on s’en lasse. J’ai zappé, j’ai rien fait. Et puis aujourd’hui (soit le quatrième jour après le début supposé de mon parcours contemplatif) j’ai lu un Houellebecq et dedans, il a tout dit, en bien mieux avec pourtant l’air de tout foutre en plan, le genre de bouquin qui paraît un peu inachevé alors que c’est la finitude merveilleuse d’une théorie. Donc comme moi, il regardait le monde. Ou plutôt je regardait le monde presque comme lui. Il faisait du vélo (virgule, lui aussi), écrivant ceci dans L’extension du domaine de la lutte« Puis je suis arrivé à la campagne proprement dite. Il y avait des clôtures, et des vaches derrière les clôtures. Un léger bleuissement annonçait l’approche de l’aube. 

J’ai regardé les vaches. La plupart ne dormaient pas, elles avaient déjà commencé à brouter. Je me suis dis qu’elles avaient bien raison ; elles devaient avoir froid, autant se donner un peu d’exercice. Je les ai observé avec bienveillance, sans aucune intention de troubler leur tranquillité matinale. Quelques unes se sont approchées de moi jusqu’à la clôture, sans meugler, et m’ont regardé. Elles aussi me laissaient tranquille, c’était bien. »

Sinon, en plus de cela, j’ai fait une découverte : rouler de nuit. On s’est bien amusés. On était deux avec un copain, j’avais envie de faire le con, d’aller dans la plaine des Dombes à fond, sans jamais m’arrêter. Au début, je pédalais avec souplesse, sans effort. Ça s’est complexifié aux abords de 100 kilomètres, j’avais mal partout alors je suis rentré, je me suis couché et tout s’arrange, tout s’arrange. Ça fait du bien de vivre, de voyager, de lire aussi. J’aime pas trop la canicule, ça fatigue. Mais tout s’arrange, on s’organise, on roule de nuit. On lit dans la piscine, tout le temps.

Je vais vous laisser, j’ai toujours pas trouvé comment écrire, je dois aller trouver le chemin, plus  loin des grandes routes, plus proche des petits voyages avec un bon bouquin, et rien d’autre. Coucou Houellebecq, merci.  Ah, j’ai un nouveau casque  Abus. Celui des gens qui se dopent, celui des pros chez Bora Argon18. Merci Altermove, merci Abus France, il est formidable et je vous le conseille. Je n’ai plus rien à ajouter pour aujourd’hui.

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