Un impossible retour: Morvan-Lyon

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Une journée de plus en plus noire.

Je suis parti aux alentours de 10 heures ce matin-là de chez mes amis, après avoir réparé une crevaison lente de la veille sur la roue arrière. Le temps était doux même s’il faisait lourd et que la pluie menaçait, du coin des collines à l’horizon. Je m’étais réveillé heureux comme tout après de bons moments passés ici, dans l’hospitalité verdoyante de la Bourgogne. À peine parti, la pluie commence. Je suis à Avalon, il me reste un paquet de kilomètres à faire et environ 7 à 9 heures de selle. Il pleut tellement que je ne vois pas malgré mes lunettes transparentes, l’eau me remplit les yeux. Pause à 40 kilomètres, il faut trouver une solution. tumblr_nq00j8R1HL1urwe8yo2_1280

Je me raisonne, il n’y a pas d’autre solution que la moins pire: rouler jusqu’à Chalon avec les lampes allumées (merci le moyeu dynamo) et le gilet Orange réfléchissant et étanche qu’Altermove Lyon m’a offert. Puis attraper le premier train. Je choisi cette option, il me reste a minima 2 heures de routes en forêt “noire” avant Chalon. L’avantage c’est que je ne croise littéralement aucune voiture en plusieurs heures… Mais c’est aussi un inconvénient, ici c’est pas la Tasmanie mais je suis tout de même en plein cœur d’une réserve naturelle, et être pleinement seul signifie devoir gérer n’importe quel danger tout seul. Je n’en suis que très peu conscient à ce moment là, mais je décide malgré tout d’écourter le voyage. J’ai les jambes et le père d’une amie m’avait très délicatement offert quelques gels énergisants pour l’effort alors que j’allais repartir: pas de raison de lutter donc. Simplement cette pluie – telle que je ne vois pas mes jantes qui sont englouties sous l’eau. Je prends soin de ranger mon téléphone, ma batterie externe, et un jersey polaire dans un sac étanche dans ma sacoche arrière, puis je repars.

Les choses commencent à tourner mal à ce moment précis. La pluie n’est pas mon ennemie, je suis accoutumé à rouler dans le Nord de la France et j’ai un passé de marin d’eau froide derrière moi, mais là, je commence à le sentir de moins en moins bien ce petit voyage retour. Je crève la roue arrière. N’y voyant rien dans l’eau, j’ai roulé sur un morceau de ferraille incurvé qui est rentré dans mon pneu. Le pneu est intact, je  change la chambre à air (ma dernière!) et avec la pluie, je la pince. Pas de soucis, j’ai des rustines autocollantes. Je m’abrite, sèche bien le pneu, prends mon temps sous un arbre sur une table de pic-nic à la lisière de la forêt dans l’Est de la Côte d’Or. Je grignote un peu, fidèle à moi même, et au moment d’aller jeter mes emballages je vois là tout droit, à une centaine de mètre de moi un gros chien au pelage gris cendré voire blanc par endroit. Il est vraiment énorme, je n’y fait pas attention avec la fatigue et la pluie. Au moment où j’enclenche ma pédale automatique, je tourne la tête à nouveau et je comprends. Je suis à moins de 200 mètres d’un loup. Il marche doucement en ma direction, avec son chavirement d’épaule caractéristique à chaque pas. Je commence vraiment à flipper, j’espère que c’est pas le loup alpha d’une meute (il n’y en avait pas à ma connaissance, des meutes de loups dans le Morvan). Je commence à pédaler en faisant le moins de bruit possible, puis je file à toute allure en voyant qu’il ne bouge pas. Ouf, la peur de dingue qu’il m’a fait. Je sens que j’y repenserait encore dans des mois!!! Il a du avoir peur ou faim et la pluie l’a fait sortir, enfin je veux pas savoir mais ce genre de bêtes je les préfères heureuses en documentaires animalier qu’affamées à 100 mètres de moi. La prochaine fois je prendrais mon couteau: on sait jamais. Après vérification et discussion avec un ami chasseur du Creusot: oui, il y a depuis quelques années une recrudescence de loup dans la région mais les riverains savent toutefois qu’il est rare d’en croiser en temps normal. 

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J’arrive à Chalon-sur-Saône, toujours pas remis de mes émotions cinquante kilomètres plus loin. Éberlué et avec une tête épuisée, j’achète un billet et monte dans le train. Malheureusement, nouvelle erreur de ma part: je mets le billet dans la poche trempée de mon jersey. Je monte dans le train, on fait un quart d’heure de route pendant lequel je m’endors en veillant sur mon vélo. À la gare de Tournus, le contrôleur me demande de descendre du train: en effet mon titre de transport est totalement illisible à cause de l’humidité, quel gros nul: on arrive à lire le numéro de train en haut ! Révolté mais n’ayant pas le choix d’obtempérer pour le moment, je monte sur la selle, la nuit va tomber et je dois rentrer à vélo. Je connais bien la route, je l’ai faite pas mal de fois dans mes sorties d’entrainement, donc je file sans me poser de question en me rassurant: je peux me fier entièrement à mes lampes Supernova qui m’ouvriront de plus en plus la voie. Je n’ai plus rien à manger, il me reste 108 kilomètres selon mon Garmin. Il est 18 heures. Les bornes passent sans mal, il a cessé de pleuvoir ce qui dieu merci est agréable, car rouler de nuit avec la pluie c’est l’horreur: les gouttes reflètent le faisceau du phare et aveuglent. J’arriverai à Lyon, en prenant la nationale à 2 voies tout droit jusqu’à Villefranche, autour de 21H30. Les gels énergisants m’ont sauvé la mise, ainsi qu’un délicieux grand père dans un cimetière qui m’a rempli mes 3 (!) bidons d’eau.

Quand je vois le panneau “Lyon” je suis transi de joie, épuisé, affamé, j’appelle mes parents qui me préparent à manger pour ne pas attendre en arrivant… Ah… ces week-ends à vélo, quelle idée!

J’ai roulé au total 510 kilomètres en deux sorties.

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